Manifestations aux Îles Canaries : quand le tourisme heurte l’accès au logement

Manifestations aux Îles Canaries

Les récentes manifestations dans les Îles Canaries soulèvent une problématique urgente : la lutte entre le développement touristique et l’accès au logement pour les résidents locaux. Cet article explore les racines de cette confrontation et les perspectives d’avenir pour un tourisme plus responsable.

Les origines des protestations : un cri d’alarme social

La fronde populaire aux Îles Canaries ne date pas d’hier. La semaine dernière, des dizaines de milliers de personnes ont envahi les rues de Ténérife, brandissant des pancartes proclamant « Ce n’est pas du tourisme, c’est de la colonisation ! » et « Les Îles Canaries ne sont pas à vendre ! ». Ces slogans reflètent une profonde frustration vis-à-vis de l’impact du tourisme sur l’environnement, les infrastructures et surtout, le marché du logement.

Le PDG de TUI, Sebastian Ebel, a reconnu que ces manifestations ne visaient pas le tourisme en tant que tel, mais plutôt la pénurie de logements et le manque de régulation des plateformes en ligne telles qu’Airbnb, qui, selon lui, sont les principales causes de la hausse des prix de l’immobilier. En opposition à un tourisme jugé envahissant et prédateur, les manifestants appellent à un modèle de tourisme socialement responsable et économiquement bénéfique pour les locaux.

Les impacts du tourisme sur le marché immobilier local

Sebastian Ebel met en lumière une distinction cruciale entre le tourisme organisé, incluant les vacances en formule tout compris vers des hôtels employant de nombreux locaux, et les voyages individuels qui favorisent la location de logements à court terme. Cette dernière forme de tourisme est particulièrement pointée du doigt pour avoir transformé une part croissante du parc immobilier en hébergements de vacances, réduisant l’offre pour les résidents permanents et gonflant les prix des logements disponibles.

  • Augmentation du coût du logement dû aux locations à court terme
  • Diminution de l’offre de logements disponibles pour les résidents
  • Conditions de travail précaires dans le secteur touristique

La réaction des pouvoirs publics et des organisations

Face à l’ampleur des manifestations, les autorités ont commencé à réagir. Ténérife a par exemple annoncé l’instauration d’une taxe touristique effective dès le 1er janvier 2025. De plus, un projet de loi visant à réguler plus strictement les locations à court terme est attendu pour passer cette année. Ces mesures témoignent d’une prise de conscience, mais seront-elles suffisantes pour répondre aux demandes des manifestants et aux défis à long terme posés par le tourisme de masse ?

Les militants, soutenus par des organisations environnementales telles que Greenpeace et WWF, plaident pour des politiques plus strictes limitant le nombre de touristes et la vente de propriétés aux étrangers, ainsi que pour l’instauration d’une éco-taxe pour protéger l’environnement local.

Le rôle des grandes entreprises touristiques

En dépit des préoccupations croissantes, des entreprises comme TUI continuent de promouvoir un modèle de tourisme intensif. Sebastian Ebel affirme que TUI offre de « vrais emplois et de vrais investissements » dans les destinations où ils opèrent, tout en reconnaissant la nécessité de régulations accrues. La société est en discussion avec le gouvernement régional pour explorer des solutions, telles que la fourniture de logements pour les employés du secteur touristique, aussi bien dans les Îles Canaries qu’en Grèce, où les problèmes de surtourisme sont similaires.

Ces efforts pourraient-ils contribuer à un équilibre plus juste entre les besoins des résidents locaux et les intérêts économiques des entreprises touristiques ? Le temps nous le dira.