Alors que les stations de ski du monde entier font face aux effets du changement climatique, le ski sur piste sèche (ou dry slope) pourrait bien représenter la solution écoresponsable pour assurer le futur de ce sport emblématique.

Un incinérateur… transformé en piste verte à Copenhague
Installée dans le quartier industriel branché de Refshaleøen, à Copenhague, la station thermale extérieure CopenHot offre une vue imprenable sur le détroit de l’Øresund et l’impressionnant site de CopenHill. Imaginé par l’architecte danois Bjarke Ingels, ce centre de valorisation énergétique en forme de montagne artificielle abrite sur son toit un parc urbain unique : sentiers de randonnée, murs d’escalade, café panoramique et surtout, une piste de ski de 400 mètres recouverte de Neveplast, un revêtement synthétique reproduisant l’adhérence d’une neige durcie.
Depuis son ouverture en 2019, ce sont près de 10 000 skieurs et snowboardeurs – locaux et touristes – qui s’y pressent chaque année pour découvrir le ski sur piste sèche ou peaufiner leurs techniques de freestyle durant les rassemblements hebdomadaires. Parmi eux, Ellen Dansgaard, qui profite de ce site pour s’entraîner trois fois par semaine et participer à des compétitions partout au Danemark :
« J’ai choisi de venir étudier à Copenhague en 2021 parce que c’est le seul endroit du pays où l’on peut skier toute l’année. Si vous avez déjà skié sur de la neige compacte, la sensation est similaire sur le dry slope. Le meilleur, c’est qu’on peut pratiquer toute l’année et améliorer ses compétences. »
Des saisons de ski en péril
Pour les passionnés, la fonte des neiges est devenue préoccupante. même Montréal, où les saisons de ski commençait autrefois début novembre, voit parfois ses stations ne pas parvenir à ouvrir avant décembre. D’après l’Agence américaine de protection de l’environnement, la durée moyenne d’enneigement a baissé de plus de 15 jours depuis 1955. Une étude récente prévoit même qu’en 2050, les saisons de ski écourtées pourraient accroître le besoin en neige artificielle de 55 % à 97 %.
Un investissement prometteur à Tremblant
La popularité de CopenHill et la découverte qu’une station proche du Québec, Tremblant, avait récemment investi 1,4 million de dollars dans une piste sèche estivale, ont amorcé une autre vision des pistes sèches résolument tournée vers l’avenir.
Les premières surfaces de ski artificiel remontent aux années 1950 : Jacques Brunel, un instructeur canado-américain basé à Beacon (New York), a inventé un procédé à base de plastique broyé et de nylon pour skier l’été. Après avoir suscité beaucoup d’attention en 1956, il a déposé un brevet pour son « Tapis de ski artificiel ».
Une expansion mondiale
Aujourd’hui, on compte plus de 1 000 pistes sèches réparties dans 50 pays. En Chine, des centaines de sites ont vu le jour, tandis que certaines stations européennes et nord-américaines installent ces surfaces pour pallier les périodes d’enneigement incertaines.
« J’ai reçu un e-mail d’un responsable de station en souhaitant contacter des fabricants, car il ne peut plus garantir un enneigement suffisant et veut installer une piste sèche ». Les appels de ce genre se multiplient.

Préserver l’avenir des stations
Objectifs; considérer les pistes sèches comme une véritable opportunité pour assurer la pérennité des stations de moyenne et basse altitude :
« Si une piste sèche est déjà installée, lorsque la neige tombe, on ne voit plus rien du revêtement. Mais s’il ne neige pas, vous pouvez quand même skier. La neige de culture est très répandue, mais les incertitudes liées aux futures chutes de neige demeurent. »
À Tremblant, on voit d’abord la piste sèche comme une activité estivale complémentaire, avant de la déployer sur des pentes plus abruptes si la demande est au rendez-vous.
Un fort soutien communautaire
Dans certaines régions, la piste sèche est essentielle à la vie locale. Par exemple, en Écosse, les habitants de Polmont ont sauvé leur piste vieille de 50 ans, Polmonthill Ski Slope, menacée de fermeture. Bailey Ross, moniteur de ski et compétiteur, y a appris à skier dès l’enfance :
« C’est un vrai pilier de la communauté et un endroit idéal pour s’initier au ski. Apprendre sur une piste sèche peut même faire de vous un meilleur skieur sur la neige, car la surface est moins indulgente. Chaque mouvement compte, et les sensations varient selon la météo. »

Apprendre à mieux skier
Skier sur une piste sèche comme à Runcorn (Cheshire) diffère des stations alpines, l’adhérence y est différente :
« Sur une piste sèche, on ne peut pas creuser ses carres comme sur la neige. Les erreurs sont moins tolérées, ce qui force à adopter une technique plus précise. Et quand vous transposez ces compétences sur la neige, vous progressez beaucoup plus vite. »
Unique exemple aux États-Unis
Aux États-Unis, il n’existe qu’une seule piste sèche : le Liberty Mountain Snowflex Centre, à Lynchburg en Virginie. Ouvert depuis 15 ans, ce centre attire aujourd’hui de plus en plus de familles et de novices :
« En Virginie, nos hivers ne sont pas très longs et la station voisine a parfois du mal à produire de la neige. Nous, nous sommes ouverts toute l’année »

Une popularité grandissante
Selon nos expertes , les amateurs réservent désormais moins de séjours au ski, mais compensent en pratiquant plus souvent sur piste sèche. L’accès facile, la possibilité de s’y rendre sans équipement spécialisé et la flexibilité des horaires sont autant d’avantages.
« Pour se préparer avant un grand séjour au ski, deux heures chaque week-end suffisent à retrouver ses appuis et sa confiance », souligne Marcus qui emmène souvent ses fils adolescents sur une piste sèche.
Vers une pratique 4 saisons
Après avoir observé les skieurs de CopenHill, je suis impatient d’essayer la nouvelle piste sèche de Tremblant dès son ouverture ce printemps, lorsqu’après cet hiver rigoureux, la neige aura fondu….

